L’entrepreneur se construit, il ne naît pas
De la peur du risque à l’action entrepreneuriale : le récit d’une transformation personnelle profondément ancrée dans la réalité burkinabè.
L’entrepreneuriat est souvent présenté comme une aventure réservée à une élite audacieuse, naturellement disposée à prendre des risques dès le plus jeune âge. Cette représentation laisse croire que certains naissent entrepreneurs, tandis que les autres seraient condamnés à rester de simples observateurs.
Pourtant, la réalité est bien différente. Derrière chaque entrepreneur accompli se cache généralement un cheminement fait de doutes, d’hésitations, de peurs, d’erreurs et d’apprentissages progressifs. Mon parcours en est une illustration concrète, profondément ancrée dans le contexte burkinabè.
Je n’ai pas toujours rêvé d’entreprendre. Bien au contraire. Pendant longtemps, j’ai fui le risque, l’incertitude et tout ce qui ressemblait, de près ou de loin, à une aventure entrepreneuriale.
Aujourd’hui, je partage mon histoire pour montrer qu’il est possible de changer de regard, de se former et de construire une trajectoire entrepreneuriale cohérente, même lorsque l’on part de très loin.
Enfance à Goabga : quand la prudence prenait le dessus sur l’audace
Grandir dans un village paisible
Je suis né et j’ai grandi à Goabga, un village calme de la province du Kourwéogo. La vie y était rythmée par les saisons, l’agriculture, les responsabilités familiales et les valeurs de solidarité.
Pendant que plusieurs de mes camarades se lançaient très tôt dans de petites activités commerciales pour gagner de l’argent de poche, je préférais rester aux champs avec mes parents.
Aux yeux des adultes, j’étais l’enfant modèle : obéissant, sérieux et travailleur. Mais cette attitude n’était pas uniquement le fruit de la discipline. Elle cachait aussi une peur profonde de l’inconnu.
Le commerce, l’initiative personnelle et la prise de risque me semblaient dangereux, instables et difficiles à maîtriser.
La peur de l’échec comme frein invisible
Chaque nouvelle opportunité devenait pour moi une source d’angoisse. Avant même d’essayer, j’imaginais les pertes financières, les critiques, le regard des autres et la possibilité d’échouer.
Pour me protéger, je choisissais systématiquement la routine et la sécurité. À cette époque, je ne savais pas encore que cette peur retarderait ma découverte de l’entrepreneuriat, sans pour autant l’empêcher définitivement.
L’université : un choix rationnel, mais sécurisant
La macroéconomie comme refuge intellectuel
À mon arrivée à l’université, mon rapport au risque n’avait pas réellement changé. Les cours d’entrepreneuriat et de gestion d’entreprise me mettaient mal à l’aise. Ils exigeaient de l’initiative, de l’audace, de la créativité et une exposition personnelle que je n’étais pas encore prêt à assumer.
J’ai donc choisi la macroéconomie, un domaine structuré, logique et méthodique. Les modèles économiques, les politiques publiques et les analyses chiffrées correspondaient parfaitement à mon besoin de stabilité.
Une carrière apparemment éloignée du risque
Après mes études, j’ai intégré la fonction publique en qualité de Conseiller en emploi et en formation professionnelle.
Ce poste me permettait d’aider d’autres personnes à construire leur avenir professionnel, tout en restant personnellement à l’écart des incertitudes du monde entrepreneurial. Tout semblait enfin organisé et sécurisé.
Pourtant, cette stabilité allait progressivement être remise en question.
Le déclic académique : quand la recherche ouvre de nouvelles perspectives
Le Master Recherche en Sciences de Gestion
Mon inscription en Master Recherche en Sciences de Gestion a marqué un tournant majeur dans mon parcours.
Pour la première fois, je n’abordais plus l’entrepreneuriat comme une obligation professionnelle ou comme une prise de risque incontrôlée. Je le découvrais comme un objet de recherche, d’analyse, d’expérimentation et de compréhension.
Une rencontre déterminante
C’est dans ce contexte que j’ai rencontré le Professeur Éric Michael Laviolette. Sa vision de l’entrepreneuriat, fondée sur la recherche, l’expérimentation et l’apprentissage progressif, a profondément transformé ma manière de penser.
J’ai alors compris que le risque n’était pas nécessairement un ennemi à fuir. Il pouvait être analysé, limité, anticipé et maîtrisé.
Entreprendre ne consiste pas à avancer sans peur, mais à apprendre à agir malgré l’incertitude.
Progressivement, l’entrepreneuriat est devenu pour moi un champ d’exploration intellectuelle passionnant, avant de devenir un véritable terrain d’action.
Passer de la théorie à l’action : oser enfin entreprendre
Des débuts modestes, mais décisifs
Je n’ai pas commencé par de grands projets ni par des investissements spectaculaires. J’ai avancé progressivement en investissant dans de petites activités locales, notamment dans les domaines de l’agriculture et de l’artisanat.
Ces secteurs m’étaient familiers et correspondaient aux réalités de mon environnement. Ils constituaient donc un terrain d’apprentissage accessible et concret.
Chaque petite réussite renforçait ma confiance. Chaque difficulté devenait une leçon. Chaque erreur m’aidait à mieux comprendre le marché, les besoins des clients et mes propres capacités.
L’entrepreneuriat n’est pas un don inné. C’est une compétence qui se développe avec le temps, la pratique et l’expérience.
Entreprendre dans le contexte burkinabè
Au Burkina Faso, de nombreux jeunes hésitent à se lancer en raison de la peur de l’échec social et financier. Certains attendent de disposer d’un capital important, d’un local, d’un financement ou d’un projet parfaitement élaboré.
Mon parcours démontre pourtant qu’il est possible d’avancer par étapes, sans tout maîtriser dès le départ. Il n’est pas nécessaire de commencer grand. Il faut surtout accepter de commencer quelque part.
Un parcours non linéaire, mais riche d’enseignements
Le chemin entrepreneurial est rarement droit. Il est fait de détours, de pauses, de remises en question, de changements de direction et de nouveaux départs.
Cette réalité est souvent absente des discours trop idéalisés sur la réussite. Pourtant, ce sont précisément ces périodes d’incertitude qui développent la patience, la résilience et la maturité entrepreneuriale.
L’entrepreneur ne se construit donc pas seulement à travers ses succès. Il se construit également grâce à ses erreurs, à ses hésitations et à sa capacité à continuer malgré les difficultés.
Cinq leçons pratiques pour oser se lancer
Commencer petit
Un petit projet permet d’apprendre, de tester une idée et de limiter les conséquences financières d’une erreur.
Observer les entrepreneurs locaux
Les entrepreneurs de notre environnement constituent une école pratique, gratuite et adaptée aux réalités économiques africaines.
Considérer l’échec comme une information
Une difficulté peut révéler une erreur de positionnement, de gestion, de communication ou de compréhension du marché.
Chercher un mentor expérimenté
Un accompagnement adapté permet d’éviter certaines erreurs coûteuses et d’accélérer le processus d’apprentissage.
Documenter son évolution
Noter ses idées, ses objectifs, ses difficultés et ses progrès permet de mesurer le chemin parcouru et de maintenir sa motivation.
Des parcours africains qui confirment la possibilité du succès
Partout en Afrique, des entrepreneurs prouvent qu’il est possible de créer de la valeur à partir de ressources limitées. Du Congo au Sénégal, en passant par le Burkina Faso, des initiatives modestes sont devenues des activités durables et créatrices d’emplois.
Ces parcours rappellent que la réussite ne dépend pas uniquement des moyens disponibles au départ. Elle repose également sur la constance, l’adaptation, la connaissance du terrain et l’apprentissage continu.
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L’entrepreneuriat peut intimider, surtout lorsque l’on n’y a pas été préparé dès l’enfance. Pourtant, il ne demande ni perfection ni certitude absolue.
Il demande un premier pas, une volonté d’apprendre, une capacité d’adaptation et, lorsque cela est possible, un accompagnement adapté.
Si moi, qui ai longtemps fui le risque, j’ai pu progressivement trouver ma voie, alors d’autres peuvent également y parvenir.
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